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Tribune de avril / juin 2024

Christophe Greffet

Président du groupe « L’Ain pour tous »


Pour une agriculture socialement juste !


Il y a des colères saines. Celle des agriculteurs exprimée sur les barrages vient de loin. Personne ne semble vraiment les entendre depuis 30 ans qu’ils crient et pourtant leur métier n’est pas une activité comme les autres.


Être paysan, c’est accomplir à travers les travaux des champs et au fil des jours une fonction vitale : nourrir les hommes. C’est dessiner ce que Fernand Braudel appelle « l’identité de la France » et les pays de l’Ain en témoignent dans leur diversité.


Il faut lire l’ouvrage de Paul Cattin sur le Paysan du Revermont et les deux tomes de Jean Merle sur l’évolution de l’agriculture aindinoise pour mesurer combien la profession a façonné notre département.


Si cette tribune participe à la reconnaissance que la nation lui doit, je la formule bien volontiers.


Non sans quelques ajouts utiles.


Comment parler de souveraineté alimentaire sans aborder les enjeux fonciers ? L’Ain perd 400 à 500 ha par an au détriment de son agriculture. Il est temps de mettre en œuvre une stratégie de sobriété foncière.


La stratégie européenne « De la ferme à la table » destinée à promouvoir un système alimentaire durable ne pourra pas faire l’économie d’une renégociation des accords internationaux et d’une évolution en profondeur de la PAC.


Un système qui distribue 80% des aides à seulement 20% des agriculteurs tout en faisant la part belle aux intérêts de l’industrie agro-alimentaire et aux traités de libre-échange n’est pas viable.


L’agriculture est malheureusement devenue la variable d’ajustement du négoce mondial avec pour conséquence dramatique d’ouvrir nos frontières aux poulets brésiliens gavés d’antibiotiques et à la viande de bœuf nourrie au soja dans les zones déforestées d’Amazonie.


Je suis pour ma part clairement aux côtés des agriculteurs lorsqu’ils s’opposent à cela.


Mais veillons aussi et ensemble à ce que cette exaspération -aussi justifiée soit-elle- ne conduise pas certains de nos concitoyens à s’aventurer en territoire dangereux ; territoires où les sauveurs anti-démocratiques et anti-européens voire fascistes dans certains pays exploitent habilement les colères.


Il faut que la politique prenne le relai dans un débat sérieux et permette de faire place à une agriculture à la fois socialement juste et respectueuse des consommateurs et de l’environnement.  

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